Je n’étais pas certaine du résultat. Avec mes yeux bleus et mon long nez de Canadienne, je doutais fortement de faire une geisha respectable. Quand la femme a eu fini de me peinturer le visage et que je me suis vue dans le miroir, j’ai eu un choc.
Je suis arrivée à Kyoto en début de semaine. Kyoto, l’endroit mythique des geishas. J’ai lu et relu «Mémoires de geishas» tellement souvent, à tel point que je m’attendais presque à voir Sayuri débouler au coin de la rue. Il y a plusieurs choses qu’il faut savoir à leur sujet. D’abord, on ne doit pas les appeler «geisha». Les apprenties se nomment Maiko et les professionnelles Geiko. Et, sachez-le, elles ne vendent pas leur corps comme dans le livre. Les Japonais en ont d’ailleurs été bien offensés. Si vous avez la chance d’en croiser une alors qu’elles se dirigent vers une des maisons de thé, ayez votre caméra sous la main, car elles marchent comme des fusées, se fondant dans la foule avant que vous ayez pu vous rendre compte qu’elles étaient là. Quand on sait que le client paie pour leurs services du moment où elles mettent le pied dehors, on comprend leur empressement.
J’ai beaucoup aimé Kyoto. C’est une ville impériale facile à naviguer. D’un côté de la rivière, la ville moderne, avec ses édifices et ses néons. De l’autre, Gion, l’ancien quartier, où reposent les maisons traditionnelles et où les touristes, l’appareil à l’affût à chaque coin de rue, chassent la Maiko. Tout est beau ici. Chaque devanture de maison affiche le nombre d’apprenties qui y vivent. En tout, à Kyoto, elles sont près de 300.
J’ai visité l’ancienne capitale avec ma première Canadienne rencontrée dans ce voyage. Mary est partie de Banff pour un périple de 7 mois. Le Japon était son second pays. Il fallait voir la tête des Japonais à qui on essayait d’expliquer qu’il existe un Canada anglais et un Canada français. Les pauvres, ils n’y comprenaient rien.
Ensemble, on a visité des temples, un jardin de rochers (oui, oui) et une forêt de bambou. Le soleil peinait à traverser la cime de ces arbres immenses. On se serait cru dans Tigres et dragons. À chaque endroit, je suis toujours surprise de voir le nombre d’écoliers qui s’imprègnent de leur propre culture. Les écolières, particulièrement, ressemblent tout à fait à l’image que l’on se fait d’elles. Uniforme bleu et chemise blanche, elles se baladent en groupe serré, cellulaire à la main.
Je ne pouvais pas visiter le Japon sans l’essayer. M’habiller en Maiko, même pour un court moment. J’ai pris rendez-vous dans un studio spécialisé. Malgré le nombre impressionnant d’étapes, la transformation est assez rapide. D’abord on doit enfiler un petit peignoir. Puis un autre. Ensuite les bas qui séparent les orteils en deux. Pas très confortable.
Vient ensuite l’étape du maquillage. D’abord une première couche. Puis une seconde, beaucoup plus épaisse. Les paupières. La bouche. Quand j’ai ouvert les yeux, je ne me suis pas reconnue.
On installe la perruque. Ça gratte un peu. J’espère toujours, en vain, que la personne qui a porté le tout avant moi avait les cheveux propres.
La dernière étape et non la moindre : l’habillage. J’avais préalablement choisi mon kimono. On doit d’abord enfiler un autre peignoir. Puis on attache le tout avec une dizaine de cordes. Ensuite on noue le kimono et on arrange le tout en mettant des pièces de carton pour camoufler les rondeurs. J’avais un peu l’impression d’avoir la même forme qu’un rouleau de papier de toilette.
Quand je suis descendue, Mary est restée bouche bée. On a bien rigolé lors de ma séance de photo. Puis j’ai essayé de me démaquiller. Comme je voyage depuis près de cinq mois, inutile de dire que je ne me maquille pas. Je n’ai donc pas de démaquillant dans mon gros sac. Mon savon acheté en Chine n’était pas suffisant. Il m’a fallu l’aide d’une des assistantes. Mon visage est passé du blanc au rouge.
Le lendemain, j’ai quitté Kyoto. Ma destination finale : Tokyo.
- Une ruelle de Kyoto.
- Sample de nourriture. En plastique bien sûr.
- Temple à Kyoto.
- L’entrée d’une brasserie japonaise.
- Forêt de bambou.
- Écolières.
- Jardin de roches.
- Mercantile aime le Japon.
- Golden Pavillion.
- Mercantile à Gion.
- Mercantile aime les Maikos.










